Le centre Joë Bousquet

29 février 2012

Quelques liens avec des amis du Centre Joë Bousquet

Les amis du centre Joë Bousquet sont très actifs sur la toile. Voici quelques liens qui nous conduiront vers de belles découvertes.

Alain Freixe tient la chronique poésie du quotidien communiste L'Humanité. Il vient d'en consacrer une au livre qu'ont réalisé ensemble le poète Serge Pey et le peintre Joan Jorda, auquel le centre Joë Bousquet a consacré une grande exposition à la Maison Bousquet et plusieurs autres en différents lieux du département (Montolieu, Castelnaudary etc...) Le livre de Serge Pey et Joan Jorda s'intitule "Les poupées de Rivesaltes", en référence au camp de Rivesaltes qui accueillit des réfugiés espagnols au moment de la Retirada. La chronique d'Alain Freixe à lire ici : http://www.humanite.fr/culture/la-revolte-permanente-de-deux-catalans-490724

slacikavrilAnne Slacik expose au musée de Melun. "L'avril, peintures 2010-2011" est le titre de cette nouvelle exposition d'Anne qui pourra se visiter jusqu'au 26 août. Concerts, lectures et ateliers sont proposés au public. A noter, la projection (le samedi et le dimanche à 15 h) d'un film documentaire en lien avec l'exposition et le travail d'Anne. Intitulé "Si vous êtes des mots... parlez. Rencontre avec André du Bouchet" il a été réalisé par Mickael Jacob. Un catalogue accompagne l'exposition : "Anne Slacik, Mallarmé / L'avril peintures 2010-2011", IAC éditions d'Art, en coédition avec le musée Stéphane Mallarmé. Texte de Vincent Gille. 79 pages, 48 illustrations en couleurs. 18 euros. Toutes les infos sur la page personnelle d'Anne : http://anne.slacik.pagesperso-orange.fr/

Alain Paire, après avoir consacré un article très documenté à Max Ernst, s'intéresse à présent à Hans Bellmer, toujours dans l'environnement du camp des Milles, situé entre Aix-en-Provence et Marseille. Max Ernst, Hans Bellmer, faut-il le rappeler, furent deux peintres très liés à Joë Bousquet. L'article est à lire ici, sur le site de la galerie d'Alain : http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&view=article&id=158:hans-bellmer-et-les-inconnus-du-camp-des-milles-les-decouvertes-des-philatelistes-aixois&catid=1:exposition-actuellement&Itemid=2

 

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28 février 2012

Un itinéraire poétique autour des éditions de Rivières

rivières1Au mois de mars et dans le cadre de la manifestation nationale Le Printemps des Poètes, le Centre Joë Bousquet vous propose un itinéraire de lectures poétiques en partenariat avec Cépages d'Encres. Ces lectures se dérouleront dans trois lieux différents du département, à Montolieu, Port-La-Nouvelle et Carcassonne. En route...

Samedi 3 mars à 17 h au musée des arts et métiers du livre de Montolieu

Textes de Joë Bousquet, Charles-Pierre Bru, Jean Lebrau et Paul Pugnaud lus par Cépages d'Encres.

Dans le cadre de l'exposition « Itinéraire poétique » (jusqu'au 1er avril) qui présente un cheminement poétique autour de François-Paul Alibert, Joë Bousquet, Paul Eluard, Claude-Louis Estève, Jean Lebrau, Michel Maurette, René Nelli,Pierre Reverdy, Paul Pugnaud dont les poésies sont accompagnées d’oeuvres d'André Blondel, Charles-Pierre BRU, Denise Bellon, Max Ernst…

Vendredi 9 mars à 18 h à la médiathèque municipale de Port-La-Nouvelle

Les poètes des éditions de Rivières lus par Cépages d’Encres.

Dans le cadre de l'exposition « Les éditions de Rivières ou l’après Pierre André Benoit » (jusqu'au 31 mars). L’exposition présente sous vitrine une sélection de livres des éditions de Rivières, réunissant poètes et peintres. Sur les murs, les oeuvres de Pierre-André Benoit, Claude Clarbous, Didier Equer, Sylvère.

Samedi 17 mars à 17 h à la Maison Bousquet de Carcassonne

Les poètes des éditions de Rivières lus par Cépages d’Encres.

Dans le cadre de l'exposition « Les éditions de Rivières, hommage à Pierre André Benoit » (jusqu'au 17 mars). Oeuvres exposées : 250 livres uniques ; 45 oeuvres de peintres et photographes ; 20 peintures, collages et gouaches de Pierre André Benoit ; installations de Claude Clarbous, peintures d'Anne Slacik, Claude Viallat...

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12 février 2012

Exposition des éditions de Rivières : entretien avec Jean-Paul Martin

"Mon expérience m'a conduit à admettre comme une évidence que poésie et peinture sont indissociables" 

rivières2Le Centre Joë Bousquet présente jusqu'au 17 mars, à la Maison Bousquet, une exposition consacrée aux éditions de Rivières. Cousin de Pierre-André Benoît et créateur de ces éditions qui réalisent exclusivement des livres d'artistes à très petits tirages, Jean-Paul Martin nous a accordé un entretien. Où l'éditeur raconte son extraordinaire itinéraire dans la compagnie de peintres et poètes d'aujourd'hui.  

Comment sont nées les éditions de Rivières ?

En 2003, lors du dixième anniversaire de la mort de Pierre-André Benoît - PAB est décédé en janvier 1993 - un hommage lui a été rendu au musée d'Alès qui porte son nom. Je disposais, dans les archives de PAB qui m'étaient revenues, d'une multitude de poèmes. Pour des raisons très personnelles et familiales, j'ai alors décidé de faire un livre avec certains de ces textes. Un livre pour moi seul et mon entourage, qui n'était pas du tout destiné à être diffusé. Mais je ne voulais pas de ces poèmes sur des feuilles volantes. J'ai donc réalisé une mise en page, aussi simple que possible, et ainsi était le livre. C'est sous cette forme qu'Anne Slacik l'a vu. Elle a tout de suite manifesté le désir de l'illustrer. Ce qui a été fait. Voilà comment sont nées les éditions de Rivières. A l'origine, c'était du bricolage...

Anne Slacik est la première artiste peintre du catalogue des Rivières. D'autres sont ensuite arrivés très vite...

Anne, en effet, fut la première. Sylvère est venu tout de suite après, et ainsi de suite. Puis, un premier poète s'est mêlé au jeu. Il s'agit de Michel Butor, qui a travaillé avec Anne Slacik. Ce fut la première infidélité des Rivières aux textes de PAB que j'ai quand même continué à publier. De son vivant, Pierre-André Benoît était reconnu, dans les milieux artistiques, comme typographe et éditeur, créateur de livres dirons-nous. Mais son rêve aurait été d'être reconnu comme poète. C'est pourquoi il est important que les Rivières continuent à publier ses textes. Car désormais, PAB est reconnu comme tel, lui qui aura finalement été le poète du XXe siècle le plus illustré par ses contemporains : Braque, Picasso etc... Les éditions de Rivières se situent dans la continuité de la trajectoire de Pierre-André Benoît. Les poètes d'aujourd'hui sont illustrés par leurs contemporains. Ces créateurs travaillent dans l'après-PAB, éclairés par l'œuvre de PAB et de ses amis peintres.

Entrons, si vous le voulez bien, dans « l'arrière-cuisine » des éditions. Comment se conçoit un livre des éditions de Rivières ?

Je fonctionne par amitié et affinités. Les circonstances font que j'accepte des projets de livres qui ne sont pas forcément les miens. Ces projets sont souvent le fruit d'une rencontre. Je mets un peintre en présence d'un poète et le travail se réalise. Quand je reçois par exemple des textes de poètes, je cherche auprès de quel peintre ces textes pourraient avoir une résonance et je fais mes propositions. Je travaille à partir d'une connaissance personnelle des artistes et de leurs œuvres. Je peux me tromper, mais si c'est le cas, les peintres n'osent pas me le dire. Ils font, malgré tout. Ils prennent ma proposition comme une contrainte, un défi ! Ce qui est important pour la réussite du livre, c'est la confrontation. Car dans une rencontre, il y a ce que l'on croit deviner, mais aussi le silence, le non-dit sur quoi le livre prend forme. Mon expérience m'a conduit à admettre comme une évidence que poésie et peinture sont indissociables. On met des mots sur des images ou des images sur des mots : c'est une histoire sans fin...

Sans fin et sans limite, dirait-on, puisque les Rivières ont déjà réalisé plus de 1 000 livres ! Cette accumulation qui donne le vertige fait partie intégrante de votre projet. Elle lui donne sens. Mais pouvez-nous nous expliquer la raison de cette frénésie de création ? 

Oui, plus de 1 000 titres à ce jour, c'est énorme ! La raison, c'est la maladie dont j'ai été atteint. Elle m'a obligé, pour la vaincre, à penser à autre chose, à faire autre chose que m'occuper exclusivement d'elle. Les livres ont joué le rôle de médicament. C'est la stricte vérité. C'est pourquoi j'aime bien l'idée de livre-médicament. Pour moi, ce n'est pas un concept mais une réalité. Et il m'est arrivé de travailler avec des artistes qui, malades comme moi, se retrouvaient dans le même circuit de difficulté. Chaque fois, j'ai retrouvé la même volonté d'avancer, de faire, de multiplier les réalisations pour sortir de la menace que la maladie fait planer autour d'elle. Puis il y a un autre élément : PAB aimait travailler vite. Avec René Char, il pouvait faire un livre en moins d'une semaine. PAB créait toujours des livres très simples, rapidement réalisables. Les Rivières ont gardé cette spontanéité, cette rapidité d'exécution. Et pour PAB aussi, les livres étaient une forme de compensation. Les livres comblaient un manque. PAB était très entouré par sa famille et ses proches. S'il a pu faire ce qu'il voulait, s'il a joui d'une aussi grande liberté, c'est grâce à sa famille qui l'a soutenu quand il ne gagnait pas d'argent. La solidarité a joué pleinement pour lui. Mais c'est quelqu'un qui vivait dans un grand désert sentimental. Alors, les livres furent aussi, pour lui, une sorte de médicament contre cette solitude sentimentale. Il a cherché à combler un manque affectif dans l'amitié des peintres et des poètes.

Parmi les poètes publiés aux Rivières, Gaston Puel occupe une place importante, avec de nombreux livres. Que pouvez-vous nous dire sur cette complicité ?

C'est vrai, Gaston Puel occupe une place prépondérante au catalogue des Rivières, aux côtés de Michel Butor et de BTN. L'une des raisons est qu'il a été un ami de PAB et que, de ce fait, il appartient à l'histoire de Pierre-André Benoît. Il m'importe donc qu'il joue aujourd'hui son rôle dans l'après PAB. Et puis, je ne suis pas un papillon : j'aime bien faire le tour d'une question, creuser, approfondir une relation, de sorte que, mis bout à bout, les livres réalisés soient significatifs. Avec Gaston Puel, la complicité s'est construite sur la base d'un travail très intense : 65 livres aujourd'hui au catalogue. Il était intéressant de confronter le poète Gaston Puel à des peintres de la nouvelle génération. Il a joué le jeu. L'aventure continue.

Il est un lieu vital dans la vie des éditions, c'est la maison de Pierre-André Benoît à Rivières, près d'Alès. C'est l'épicentre de votre géographie éditoriale ?

La maison de Rivières a joué un rôle important dans la vie de PAB. Il l'avait achetée en 1971, après la mort de sa mère. Peu de temps après, il y eut l'exposition au musée Fabre de Montpellier qui contribua à faire connaître son travail éditorial. Alors PAB a commencé à bien vendre ses livres et il a pu restaurer la maison où il s'est installé pour travailler. Aujourd'hui, il n'y a plus rien de cette époque, PAB ayant tout donné, avant sa mort, au musée d'Alès et à la Bibliothèque Nationale. Mais je ne sais pas pourquoi, j'ai décidé de conserver ce lieu quand j'en ai hérité. Et aujourd'hui, il est devenu le lieu des rencontres entre peintres et poètes que nous recevons lorsque nous nous y installons, l'été. C'est à Rivières, lors de ces rencontres, que se forment la plupart des projets de livres. Le lieu est donc central dans le processus de création.

Nous avons réalisé cet entretien dans le prolongement de l'exposition présentée en ce moment à la Maison Joë Bousquet de Carcassonne. En quoi cette exposition est importante pour vous ?

Je dirais que c'est l'exposition rêvée et... aimée. Je ne dis pas que les nombreuses expositions qui ont déjà eu lieu autour des Rivières n'ont pas été importantes. Mais celle-ci occupe une place particulière. Elle est d'abord le résultat d'une demande de cœur, formulée par le directeur du Centre Joë Bousquet, René Piniès. Nous nous connaissions car il s'intéressait au travail de PAB. Puis quand il a découvert les éditions de Rivières, pour lui, c'était évident : ce travail méritait une grande exposition. Nous avions fait un premier pas avec l'exposition au musée du livre et des arts graphiques de Montolieu. Avec la Maison Bousquet, un lieu plus vaste qui permet de montrer davantage de livres, nous avons franchi un cap supplémentaire. Il faut ajouter que Pierre André-Benoît avait connu la Maison Bousquet car il était venu rendre visite au poète dans sa chambre du 53 rue de Verdun à Carcassonne. Donc, cette exposition était comme une évidence. Fruit d'une amitié et en complète harmonie avec l'histoire personnelle de PAB, cette exposition devait s'inscrire dans l'histoire des éditions de Rivières.

Recueilli par Serge Bonnery

L'exposition est ouverte à la visite du mardi au samedi de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h jusqu'au 17 mars. Entrée libre et gratuite. Une visite guidée, conduite par René Piniès, directeur du Centre Joë Bousquet et concepteur de l'exposition, aura lieu le samedi 25 février à 16 h 30 (entrée gratuite). Une lecture de poèmes aura lieu le samedi 17 mars à 16 h 30, jour de clôture de l'exposition (entrée gratuite). 

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07 février 2012

Max Ernst au Camp des Milles

Max Ernst fut LE peintre de Joë Bousquet, les deux hommes furent liés par des liens d'amitié indéfectiblse qui ne se sont pas démentis lors de l'internement de Max Ernst au Camp des Milles, près d'Aix-en-Provence. Pendant cette noire période, Bousquet soutint financièrement son ami en lui envoyant de l'argent en échange de toiles. Bousquet  a possé jusqu'à trente oeuvres de Max Ernst dans sa collection personnelle. 

Alain Paire, ami du centre Joë Bousquet et qui tient galerie à Aix-en-Provence, consacre à l'emprisonnement de Max Ernst au Camp des Milles un passionnant article sur son site internet. Où il est question de Joë Bousquet. 

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Signalons, dans le même temps, la disparition de Dorothea Tanning décédée le 31 janvier à l'âge de 101 ans. Née en 1910 dans l'Illinois, aux Etats-Unis d'Amérique, Dorothea Tanning intègre en 1942 le groupe surréaliste à la faveur d'une exposition - elle est peintre - à laquelle Marx Ernst l'invite à participer. C'est le début de leur grande histoire d'amour. Ils se marieront quelques années plus tard en Californie avant de s'installer à Paris puis en Provence. Les deux artistes ont travaillé main dans la main, unis par une immense complicité, jusqu'à la disparition de Max Ernst en 1976. 

Pour en savoir plus sur Dorothea Tanning (ici en photo avec Marx Ernst), un site internet lui est entièrement dédié... en anglais !

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03 février 2012

Hommage à Bernard Vargaftig (2)

Pour prolonger notre hommage au poète Bernard Vargaftig qui vient de nous quitter, nous publions ci-dessous le texte écrit par Alain Freixe et paru dans le journal L'Humanité du jeudi 2 février. 

Ce texte est également disponible sur le blog personnel d'Alain Freixe que nous remercions de nous avoir autorisé à le diffuser sous la bannière du Centre Joë Bousquet. 

L'hommage d'Alain Freixe

vargaftig2La mort, c'était hier, le 27 janvier 2012 à Avignon.

La vie, c'est 1934, la naissance à Nancy puis les terribles années 40, celles des persécutions nazies, années de la peur, de la fuite et du silence. Années de clandestinité où l 'on apprend aussi à tenir, à se tenir.

La vie en poésie, ce sera en 1965, la soirée du Récamier et dans ce théâtre parisien les paroles d'encouragement de Louis Aragon. Après Chez moi partout publié en 1967 chez PJ Oswald se succèderont une trentaine de livres plus des livres d'artiste avec Olivier Debré, Colette Deblé, Germain Roesz...ainsi que deux remarquables anthologies ; l'une La poésie des romantiques chez Librio, l'autre Poésie de résistance chez J'ai lu. Je ne dirai rien des prix qu'il put recevoir chemin faisant, celui de l'académie Mallarmé en 1991, celui Jean Arp en 2008, je préfère évoquer ici ses deux derniers ouvrages en souhaitant qu'ils donnent envie de retrouver ceux qui se tiennent à l'arrière et notamment cette Suite Fenosa, avec Bernard Noël, publiée chez André Dimanche en 1987.

Le premier est un coffret original liant image et texte, Coffret livre « L'aveu même d'être là » et DVD « Dans les jardins de mon père », les deux constituants comme une autobiographie poétique de Bernard Vargaftig. Le poète a choisi lui-même les poèmes de son anthologie. Revisitant son œuvre, c'est sa vie qu'il reparcourt. Se promenant dans ses poèmes, il s'arrête  ici ou là, comme dans ses souvenirs d'enfant juif caché en Haute-Vienne, près d'Oradour, pendant l'occupation nazie. Ce voyage dans la mémoire n'est pas un simple retour en arrière mais une véritable marche en avant, un véritable travail, une manière de creuser, de pousser plus avant la vie et ce souffle intérieur qui la porte. Cela qui a besoin de toujours plus de mots pour dire  ce simple fait stupéfiant « d'être là », traversé de tous les désastres comme de toute lumière. Aveu à répéter dans la différence de ce qui n'en finit pas de commencer toujours à nouveau.

A propos du second, il peut être intéressant de se souvenir de ce qu'Aragon, en 1967, lors de la publication de La véraison chez Gallimard, disait : « j'aime ça, ce langage, haché comme la douleur ». En effet, Ce n'est que l'enfance est un livre que la douleur rythme. C'est elle qui espace les poèmes, les strophes - quatre strophes de quatre vers pour chaque poème - qui va jusqu'à inclure « deux pages blanches et muettes » pour « (dire) la mémoire vivante de (son) fils, Didier Vargaftig ». Devenue rythme, c'est elle qui engendre le temps propre à ce livre. Un temps dont la couleur pudique est celle du « déplacement intérieur » d'un « cri nul désert », le blanc d'un mouvement qui dénude, « faille d'enfance » avant « le dévalement », « accomplissement à nu que le manque / ne rattrape pas » et où c'est l'enfance qui appelle depuis cette distance où elle se tient, ce souffle qu'elle sait creuser toujours à l'avant de nos jours. L'enfance en appelle aux mots non pour combler cette déchirure, la taire par la même occasion mais pour la maintenir, au contraire, aussi vive que ces falaises qui tiennent, face aux vagues aveugles qui les dénudent toujours plus comme cet « ailleurs de moi d'un ailleurs / par la crainte dont la répétition se rapproche / où c'est l'accomplissement qui s'ouvre ». 

Aujourd'hui, nous reste son murmure - Il disait : « Je n'écris pas, je marmonne » - sa respiration d'encre, son souffle. C'est là qu'il engagea son être et son existence, son insoumission au monde comme il va charriant toujours plus d'injustice et d'intolérable.

Bernard Vargaftig n'est pas mort. Sa vie s'est accomplie.

@ Alain Freixe

Bernard Vargaftig, Coffret livre « L'aveu même d'être là » et DVD « Dans les jardins de mon père », film de valérie Minetto et Cécile Vargaftig,  Au diable vauvert, La Laune, BP 72, 30600 Vauvert (39 euros)

Bernard Vargaftig, Ce n'est que l'enfance, Prix de littérature Nathan Katz 2008Arfuyen, Lac Noir, 68370 Orbey (11 euros)

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