Poésie et esthétique 

autour de Joë Bousquet, René Nelli, Charles-Pierre Bru, Gaston Puel

 

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(illustration : Charles-Pierre Bru, maquette pour la Bataille de Muret)

 

L'exposition présente un cheminement qui part des années 20, dans le creuset du surréalisme, avec Joë Bousquet, Paul Eluard, Max Ernst, Claude-Louis Estève, Pierre Sire...

De ces années fondatrices, Joë Bousquet dira : «... L'audace éclatante des surréalistes aura facilité toutes les démarches auxquelles nous prédestinait la qualité de notre entrain, et je trouve une satisfaction d'ordre moral très grande à prétendre que notre action avant de s'éveiller à la conscience d'elle-même, respirait dans leur liberté, moi qui n'aurais pas élevé la voix à mon tour, ni pris jamais au sérieux les seules aspirations qui me font un bien précieux de ma vie d'ici-bas, si je n'avais pas rencontré Paul Eluard et André Breton et si je n'étais pas devenu leur ami...» (Joë Bousquet, 1930).

Les œuvres exposées en relation avec cette genèse. L'Histoire naturelle de Max Ernst dédicacée à Claude-Louis Estève, une vitrine consacrée aux objets «primitifs» ayant appartenu à Joë Bousquet accompagnés du poème de René Nelli Idole de Polynésie, paru dans le premier numéro de la revue Chantiers. Etoiles dans la nuit, les revues jouent un rôle essentiel dans la chambre noire... éclairs des revues surréalistes, de la revue Chantiers fondée par Bousquet et ses amis dont le numéro 1 est dédié à François-Paul Alibert, des Cahiers du Sud dirigés par Jean Ballard. 

Dans Au gîte du regard, rédigé pour la photographe Denise Bellon, Joë Bousquet précise :  «... Je devais rester à Carcassonne dans le milieu d'amis qu'Estève m'avait constitué en m'apportant l'affection de son camarade d'enfance, Pierre Sire, en me donnant à aimer ses meilleurs élèves, René Nelli, le poète, Ferdinand Alquié, le philosophe. Tout naturellement, nous nous étions réunis autour de François-Paul Alibert, le grand poète d'expression classique à qui nous devons tant de leçons et le bienfait d'un exemplaire unique en ce siècle de grandeur et de foi, le poète Jean Lebrau s'était joint à nous. Nous ne formions pas un groupe, mais une sorte de Cité...»

«... J'ai travaillé, écrit, j'ai vécu de la vie des revues. Jean Ballard, le directeur des Cahiers du Sud a associé à ma destinée et à celle de mes amis la destinée de son groupe. Aujourd'hui, cette revue appartient au département de l'Aude autant qu'aux Bouches du Rhône... C'est aux Cahiers du Sud que René Nelli vient de publier son livre sur la «Poésie ouverte, poésie fermée». Poèmes, ouvrages, revues répartis dans les vitrines illustrent ces propos.

Au centre, cinquante ans de poésies de René Nelli, dont les recueils publiés par Thierry Bouchard et Gaston Puel.

La chambre de Joë Bousquet, creuset des amitiés et des vocations, sera le lieu d'initiation d'une jeunesse illuminée par les revues d'avant-garde des années 30, dont deux d'entre elles restaient indissociables dans la mémoire de Charles-Pierre Bru : Chantiers et Choc.  Pour Bru, choc des rencontres fondatrices avec René Nelli d'abord, puis en 1930 sous la conduite de son professeur Claude Estève, celle de Joë Bousquet qui marquera à jamais sa vie. Les dix œuvres exposées de Charles-Pierre Bru  témoignent de sa trajectoire : de la période «cubiste» aux volumes des années 1980... et de l'amitié qui le liait à René Nelli.

Enfin, transition vers l'exposition permanente Joë Bousquet et son Temps, deux portraits de Joë Bousquet par le peintre André Blondel. René Nelli a préfacé en 1980 le catalogue d'une exposition consacrée à ce peintre.

Puissance magnétique de Joë Bousquet dont témoignait Ginette Augier : «... Ceux qui eurent la grâce de le connaître, ceux qui eurent vingt ans dans cette chambre savent qu'ils ne pourront jamais en sortir...»

«... Tout dans cette chambre s'exilait lentement et se couvrait d'une obscurité lumineuse où le temps, sur les masques nègres et les anges de pierre, paraissait s'obscurcir et se bercer ; et lourdement gravir dans l'arôme de l'opium des pensées qui n'appartenaient pas au temps. Sur les pas de Ginette Augier qui a soulevé la lourde tenture de la porte, nous voici sur le carrelage noir et blanc, insistant comme un damier, où l'on se sent devenir soi-même, entre la Reine et le Roi blessé, un personnage aléatoire. Le jour tourne lentement de l'un à l'autre des grands miroirs à guillotine. On ne voit d'abord ni les livres amoncelés ni les tableaux dorés par l'opium reculant à l'infini vers des forêts, vers des horizons impossibles qui ont désensibilisé le malheur humain... Bousquet est assis sur son lit, le dos calé par l'oreiller, dans un rayonnement de bienveillance, près de la lampe à opium... Son visage au nez cassé, pâle et ascétique, paraîtrait absent ou exilé de lui-même, si ses yeux étonnés, interrogateurs, presque anxieux, ne happaient en vous, comme en toute apparition du hasard, le détenteur de son propre secret...» (René Nelli, extrait de la préface pour Les demeures de Joë Bousquet, de Ginette Augier).

Jusqu'au 7 mai. Ouvert du mardi au samedi de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h. Entrée gratuite. Centre Joe Bousquet - 53 rue de Verdun - 11000 Carcassonne. Tel : 04 68 72 50 83. Email : centrejoebousquet@wanadoo.fr.