Pierre Dumayet nous a quittés. Il s'est éteint jeudi matin à son domicile parisien. Ses obsèques auront lieu à Bages (Aude) mardi 22 novembre après-midi. Pierre Dumayet était un ami du Centre Joë Bousquet. Il comptait beaucoup pour nous tous. Nos pensées se tournent vers Françoise, son épouse et Antoine, son fils. 

Quelques mots, en hommage

dumayetHomme de télévision, écrivain, auteur de documentaires consacrés pour la plupart à des peintres et écrivains, Pierre Dumayet s'est éteint hier à l'âge de 88 ans à son domicile parisien.

Il avait été, aux côtés de Pierre Sabbagh et Pierre Desgraupes, le pionnier de l'information télévisée avec la présentation des actualités, ancêtres du journal télévisé et bien sûr l'émission « Cinq colonnes à la Une » qu'il co-dirigeait avec Igor Barrère, un grand classique du petit écran. Défenseur convaincu de la liberté d'expression et de l'indépendance de l'information, il avait fait les frais de son engagement en 1968 - on ne pardonnait déjà pas facilement aux hommes de conviction - mais n'avait pas moins poursuivi une trajectoire personnelle originale.

Homme de culture, Pierre Dumayet était un amoureux de l'art et des lettres. Les plus anciens d'entre nous se souviennent de « Lectures pour tous », cette émission littéraire qui fut en quelque sorte l'ancêtre d'Apostrophes. Sur le plateau, Pierre Dumayet reçut quelques pointures de la littérature de son temps : Marguerite Duras par exemple, et le toujours très controversé Louis-Ferdinand Céline dont l'entretien fut, lui aussi, un moment exceptionnel de télévision.

Outre ces activités, Pierre Dumayet a aussi écrit de nombreux films pour la télévision, sur des artistes qu'il aimait. Citons son ami le peintre Pierre Alechinsky dont il dévoila l'atelier au grand public, le poète Pierre Reverdy (né à Narbonne) dont le film co-signé avec le réalisateur Robert Bober a encore été projeté la semaine dernière lors du Banquet du Livre d'automne à Lagrasse, et enfin les écrivains Marcel Proust et Gustave Flaubert. Tous ces documentaires avaient été diffusés dans le cadre de l'émission de Bernard Rapp, « un siècle d'écrivains ».

bagesEt puis tout près de nous, plus près en tout cas que de Paris où il vécut une immense carrière de journaliste et d'homme de télévision, Pierre Dumayet avait épousé l'Aude. Avec Françoise, son épouse artiste peintre, ils avaient acquis une maison à Bages, dominant l'étang éponyme qu'il contemplait toujours avec bonheur pendant les longs mois de printemps et d'été où il s'installait « à la campagne », comme il disait. « La mer qui est loin derrière la mer que je vois ne doit pas être belle à voir. Si j'étais un bateau, je pourrais décrire la tempête, mais je suis assis à ma table et je n'ai peur de rien... » (1) Ainsi décrivait-il ce qu'il voyait de sa fenêtre, à Bages où il goûtait à la sérénité des paysages et où, à ses heures, il était lecteur de L'Indépendant qu'il épluchait avec une tendresse particulière pour les chroniques des villages dont il restituait la saveur lors de lectures partagées.

Pierre Dumayet avait tissé des liens forts avec la région. A Perpignan, il comptait quelques amis fidèles parmi lesquels la galeriste Thérèse Roussel qui avait consacré dernièrement une exposition aux travaux de son épouse Françoise. Dans l'Aude, il était devenu un proche du Centre Joë Bousquet pour lequel il donna de son temps en se révélant un soutien sûr dans l'organisation de bon nombre d'expositions et de rencontres consacrées à la littérature et aux arts plastiques.

Enfin, il était le compagnon de route du Banquet du Livre de Lagrasse et des éditions Verdier où il a publié pas moins de cinq romans. Car Pierre Dumayet, qui avait tant fréquenté les auteurs et les livres, était aussi un authentique écrivain, pas un écrivain « à temps perdu » mais l'homme d'une langue lumineuse par son élégance et pétillante d'intelligence. Une langue accueillante et radieuse.

Pierre Dumayet était un écrivain du soleil, de la sieste railleuse et de l'apéritif rieur : sa vie à Bages était un village, pour paraphraser le titre d'un de ses livres, et sa disparition laisse ses amis audois et catalans dans la peine, eux qui le voyaient comme un roc indestructible.

Alors puisqu'il parlait si bien, si juste, laissons à Pierre Dumayet le mot de la fin avec cette évocation nonchalante de la mort incongrue : « Dans une centaine d'années, je ne me souviendrai plus de la couleur de ma voiture. J'aurai perdu ma mémoire en même temps que le reste. Mon nom ne sera plus le mien. A ma place il n'y aura personne... ».

(1) Les citations sont extraites de « Brossard et moi » et « La nonchalance », romans publiés aux éditions Verdier. Pierre Dumayet est également l'auteur de « La maison vide », « Le parloir », « La vie est un village » (Verdier) et « Autobiographie d'un lecteur » (Pauvert et Le Livre de Poche). 

Serge Bonnery

(Ce texte est paru dans les éditions de L'Indépendant du vendredi 18 novembre).

Ailleurs, sur le toile : 

Dans Libération : son portrait et un entretien avec Jean-Baptiste Harang lors d'une rencontre à Carcassonne.