Le centre Joë Bousquet consacre une exposition au typographe et poète Thierry Bouchard, éditeur de nombreux poètes de son temps, du 30 septembre au 26 novembre 2011 à la Maion Joë Bousquet. Le vernissage aura lieu le vendredi 30 septembre à 18 h et sera suivi d'un week-end de rencontres sur la création poétique autour des figures de René Nelli, Joë Bousquet, Jean Malrieu et Gaston Puel. Le programme des rencontres est déjà en ligne sur le blog. 

Quelques lignes, maintenant, pour mieux entrer dans l'univers de Thierry Bouchard. 

bouchardEléments biographiques. Thierry Bouchard est né en 1954 et mort en 2008. Après des études de philosophie, à 20 ans il acquiert sa première presse à imprimer. Poète, il a fait paraître plusieurs recueils de poésies, sous son nom ou sous le pseudonyme de Jean-Bastiste Lysland. Dans le sillage de Guy Lévis Mano - l'exemple qu'il ne cessa de méditer – Thierry Bouchard fut à la fois éditeur, imprimeur, typographe. Il imprima 115 livres au titre de ses éditions… mais au total, 307 livres sortirent de ses presses sous forme de coéditions ou d'impression pour ses amis éditeurs.

Thierry Bouchard à propos des livres illustrés (extrait d'un article paru dans le Bulletin du bibliophile en 1981). …l'éditeur, ce terme a pour moi personnellement un sens bien précis : c'est d'être aussi, et surtout, l'imprimeur. Je me suis toujours attaché à soigneusement confondre les deux rôles, et j'ai toujours senti en moi la nécessité qu'ils n'en fassent qu'un ; c'est-à-dire d'être aussi bien celui qui organise, avec bien sûr la participation et l'assentiment des autres, les mises en page, le choix des caractères, etc., mais aussi bien qui les réalise de ses mains, matériellement. Soit dit en passant, je ne vois pas comment choisir tel caractère, élire tel format, l'aimer, donc, le penser susceptible de sonner juste avec les images ou d'incarner les mots, si cet amour et cette chair ne sont pas éprouvés physiquement, avec les mains. Un caractère, un corps de caractère, c'est un poids bien spécifique de chaque lettre introduite dans le composteur, telle façon de prendre plus ou moins d'encre sous les rouleaux, et ainsi des variations à l'infini… Une longueur de ligne, c'est encore du poids pour la main et le composteur, non pas seulement une décision abstraite, prononcée dans l'idéal et l'absolu, d'un point de vue immatériel où l'on aurait tout pouvoir et contrôle sur les réalités sans s'y mêler…

Jean Malrieu, extrait de "Les maisons de feuillage" avec deux collages de Jean-Baptiste Lysland (La louve de l'hiver, 1976). Je suis devant toi comme un enfant, plein de pluie et de ravages, au cœur d'un automne de silence comme au centre d'une place assiégée par l'herbe brûlée. Je t'écris pour alléger le temps. Cette page que je griffonne est un miroir. D'elle va surgir un dessin inattendu car ma lutte contre le temps est ancienne. J'écris toujours la même chose, elle est nouvelle. Que je lise à l'envers, à l'endroit, l'inquiétude est éclairée, je n'y peux rien. Les années passent, me révèlent. Mon visage s'affirme sous la pluie fine du jour qui vient vers nous sur ses milliers de pas agiles. J'écris pour dire que je suis avec toi dans la paille douce et chaude de la vie.